Le Forum des Jeunes a pour mission de faire le lien entre les jeunes et les institutions, en portant la parole des 16-30 ans auprès des responsables politiques. Cette mission implique une responsabilité claire : reconnaître, relayer et légitimer les modes d’expression des jeunes.
Parmi ces modes d’expression, la manifestation occupe une place centrale, comme le montrent les travaux du Forum des Jeunes. La manifestation est la première chose à laquelle les jeunes pensent lorsqu’on leur parle de moyen pour revendiquer et donner leur avis (Avis officiel du Forum des Jeunes – Participation et climat)
La rue reste le seul endroit d’expression des jeunes, où celles et ceux-ci sont sur le même pied d’égalité avec les autres tranches d’âge. Dans un contexte de sous-représentation politique ou de minimisation de leur parole, la manifestation est donc leur moyen d’expression préférentiel. Une démocratie doit garantir pour chaque citoyen et citoyenne la possibilité de s’exprimer avec les modalités qui lui sont propres. Dans cette perspective, garantir le droit à l’expression des jeunes implique logiquement leur droit à manifester en sécurité et la reconnaissance de leur légitimité à participer à ces contestations.
Rappelons aussi que le droit de manifester, de faire entendre sa voix est garanti par de nombreux textes légaux, comme par exemple l’article 26 de la Constitution, l’article 15 de la Convention internationale des droits de l’enfant ou l’article 11/1 de la Convention européenne des droits de l’homme.
La manifestation est aussi un espace d’espoir, de solidarité et de mobilisation collective, où se développe un véritable sentiment d’appartenance et d’engagement. À ce titre, les formes de participation informelle, dont les mobilisations dans l’espace public, doivent être pleinement reconnues comme des formes légitimes d’expression démocratique. Cependant, elles ne peuvent être dissociées d’une exigence existentielle : pouvoir se déployer dans un cadre sûr et protecteur pour toutes et tous. En ce sens, la police a un rôle à endosser.
La rue, en tant qu’espace d’expression politique, doit ainsi garantir la sécurité de chacun·e, et en particulier des jeunes. Cela implique que les autorités publiques, et notamment les forces de l’ordre, assurent un encadrement respectueux des droits fondamentaux. D’autant plus que de nombreux jeunes engagé·es dans ces mobilisations sont mineur·es, ce qui implique des responsabilités accrues de la part des autorités. En effet, dans toute interaction entre les autorités (qu’elles soient policières ou autres) et les mineur·es, c’est l’intérêt supérieur de l’enfant qui doit être la priorité absolue, c’est-à-dire qu’il ou elle doit passer avant toute autre considération. Dans l’enquête qu’il avait menée en 2020 sur les relations entre les jeunes et la police, le Forum des jeunes avait recueilli ce témoignage de jeune particulièrement pertinent : « Il faudrait peut-être donner des cours de pédagogie (lorsque la police a affaire à des mineurs, ainsi ils pourront peut-être mieux comprendre leur intention) et aussi des rappels fréquents sur l’application de leur force. Après avoir vu et entendu de nombreuses histoires sur des maltraitances (…) je pense qu’il serait primordial de leur rappeler que la force est à utiliser en dernier recours et lorsque la personne en face à un comportement violent ».
Aujourd’hui, le fossé entre les jeunes et les institutions est toujours plus grand. Trop souvent, les jeunes ont le sentiment de ne pas être écouté·es, voire d’être discrédité·es lorsqu’elles et ils prennent la parole. On leur reproche tour à tour leur désengagement, puis leur engagement lorsqu’il prend des formes visibles comme la mobilisation dans l’espace public. Ce double discours alimente une défiance grandissante. Or, il est crucial de rappeler que les jeunes ne sont pas seulement les citoyen·nes de demain : elles et ils sont déjà les citoyen·nes d’aujourd’hui, pleinement légitimes à participer au débat démocratique.
Dans ce contexte, le Forum des Jeunes tient à rappeler avec fermeté que la jeunesse est légitime dans ses revendications et dans ses modes d’expression. Il condamne également les discours politiques et médiatiques qui tendent à stigmatiser les jeunes. N’évoquer que les excès, certes répréhensibles, de certain·es manifestant·es et décrédibiliser ainsi toute la jeunesse qui manifeste, est indigne. De telles prises de position contribuent à délégitimer la parole des jeunes et à fragiliser encore davantage le lien de confiance avec les institutions.
Enfin, il est essentiel de rappeler que la jeunesse n’est pas un bloc homogène. Elle est traversée par une diversité d’expériences, de réalités sociales, économiques et culturelles. Cette pluralité est une richesse démocratique, et non un problème à résoudre. Elle doit être pleinement intégrée dans les processus de participation, afin de garantir que toutes les voix puissent être entendues.
Souvent, lorsque des manifestations ont lieu, des représentant·es des manifestant·es sont entendu·es par des responsables politiques dans la foulée de cette manifestation. Pourquoi ne pas donner cette opportunité aux jeunes ? Plus globalement, à quel moment va-t-on, enfin, demander l’avis des jeunes sur leur vision de l’école ? Ce sont elles et eux (et leurs enseignant·es) qui y passent une partie importante de leur vie.
Le Forum des Jeunes appelle donc à renforcer les espaces de dialogue entre les jeunes et les institutions, à reconnaître la diversité des formes d’engagement, et à garantir des conditions de participation respectueuses, inclusives et sécurisées. C’est à cette condition que le débat démocratique pourra pleinement jouer son rôle et que la confiance pourra être restaurée.
Tu es jeune et tu as des choses à dire ? Le Forum ouvre un espace de témoignages en ligne. Est-ce que tu avais entendu parler de ces nouvelles règles ? Penses-tu que cela va changer quelque chose pour toi ? Est-ce que ça te donne envie de te mobiliser ? Si oui, sous quelles formes ? Si tu faisais partie des jeunes qui ont manifesté, comment te sens-tu par rapport à ces événements ? Et au final, quel message voudrais-tu faire passer aux politiques ?