ActualitésAvis officiels et positionsRésultats de nos consultations

    S’accorder en genre, lutter en nombre : que pensent les jeunes de la montée des discours masculinistes ? | Avis officiel

    0
    70
    2026 / 05 / 27
    Que pensent les jeunes de la montée des discours masculinistes ? Le Forum des Jeunes publie un nouvel Avis officiel sur la thématique. 

    Face à la montée des discours masculinistes, la Commission Jeunesse du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a demandé au Forum des Jeunes de se pencher sur la question. Entre octobre 2025 et janvier 2026, ce sont 2021 jeunes qui ont été consulté·es afin de mettre en lumière leurs perceptions, leurs inquiétudes et leurs pistes d’action. Cette consultation a permis de recueillir plus de 3000 témoignages, un volume inédit qui témoigne de l’intérêt, et parfois de l’inquiétude des personnes interrogées sur cette question. 

    Je lis l’Avis

    Lorsqu’on demande aux jeunes si elles et ils ont déjà entendu parler du masculinisme, 3 jeunes sur 4 nous disent en avoir déjà entendu parler mais leur conception et définition du terme varie fortement. Certains jeunes ne savent pas ce que c’est, pour certains, c’est un simple mouvement de défense des droits des hommes, pour d’autres c’est l’équivalent du féminisme. Malgré ce flou, un  consensus se dégage toutefois : le masculinisme inquiète. 

    “Le masculinisme est un mouvement porté par des sentiments misogynes en réponse au féminisme qui prétend que l’homme serait une victime systémique de notre société. Les individus qui y adhèrent blâment les femmes pour tout un tas de problèmes, et visent à s’opposer au féminisme.”

    Deux jeunes sur trois considèrent ces discours comme contraires à leurs valeurs, inquiétants ou source de colère. Dans les témoignages recueillis, le masculinisme est souvent associé à une remise en cause des droits des femmes, une vision inégalitaire des rapports de genre ou encore des discours de haine ou de domination. Certains témoignages pointent du doigt le fait que ce mouvement est susceptible de fragiliser à la fois l’égalité entre les genres, les relations sociales, et plus largement, les valeurs démocratiques sur lesquelles reposent notre société. 

    “Les femmes ont à mon goût trop de droits à l’heure d’aujourd’hui, j’espère qu’un jour on va revoir et rectifier tout ça.”

    Des discours qui séduisent certains jeunes garçons

    L’enquête montre que si l’adhésion explicite au masculinisme reste minoritaire – seulement 2,6% des jeunes disent suivre des influenceurs masculinistes sur les réseaux – ces discours trouvent écho chez une partie des jeunes, en particulier chez les garçons. Pourquoi? Parce qu’ils semblent répondre à des questions bien réelles: sentiment de perte de repères, malaise identitaire, besoin d’appartenance, etc. Le masculinisme propose souvent des réponses simples à ces inquiétudes, en valorisant des modèles de virilité ou en désignant des responsables (le féminisme, la société, les femmes…). Cette apparente simplicité repose toutefois sur une vision binaire et réductrice, qui masque des mécanismes d’exclusion et de hiérarchisation des genres. 

    Le rôle central des réseaux sociaux 

    Il est compliqué de comprendre la diffusion des discours masculinistes sans évoquer les réseaux sociaux. Ils constituent une véritable caisse de résonance: 64,5% des personnes interrogées disent avoir entendu parler des discours masculinistes sur les réseaux sociaux. Cette propagation s’explique notamment par la forte visibilité d’influenceurs qui diffusent des contenus virilistes, misogynes ou explicitement masculinistes. 

    Chez les garçons ayant répondu à l’enquête, cette influence est particulièrement marquée : 70% disent connaître ou suivre Alex Hitchens et 61,5% connaissent ou suivent le compte ‘La Menace’. Ces chiffres illustrent la place importante qu’occupent ces figures et leurs discours dans l’univers numérique des jeunes. Cette visibilité est également amplifiée par le fonctionnement même des plateformes. Les algorithmes, en mettant en avant certains contenus, exposent les jeunes à ces discours de manière répétée, parfois sans qu’ils en aient conscience. Cette exposition continue contribue progressivement à banaliser ces idées et à renforcer leur diffusion.

    “Moi-même, quand j’ avais 17 ans (j’en ai 22 aujourd’hui), j’ai commencé à regarder des contenus masculinistes sur YouTube. Pas parce que je les ai recherché, mais parce que Youtube me l’a proposé sur ma page d’ accueil. Ayant regardé une première vidéo en entier, l’algorithme a ensuite proposé une multitude de contenus masculinistes et dénigrants envers les femmes. Très vite cela a commencé à avoir une réelle influence sur mon avis sur le sujet, et ce n’est que grâce à ma sœur qui s’est rendu compte que je commençais à regarder ses contenus (en voyant les vidéos proposées sur ma page d accueil), qu elle a pu m’informer et me détourner de ces contenus.”

    Des pistes concrètes pour agir 

    Face à ce constat, les jeunes proposent des solutions. La première priorité identifiée est l’éducation et la sensibilisation, notamment à l’école. L’éducation aux médias et à l’EVRAS est jugée essentielle pour développer l’esprit critique et mieux comprendre ces discours. 

    D’autres pistes sont également mises en avant telles que : 

    • La nécessité de créer des espaces de dialogue pour discuter sereinement de ces sujets; 
    • L’importance de former les adultes (enseignant·es, éducateur·rices, parents…)
    • Le besoin de responsabiliser les plateformes numériques, en régulant les contenus et en encadrant les algorithmes. 

    Les jeunes appellent également à une réponse politique à la hauteur des enjeux, en reconnaissant la dangerosité du phénomène et en poursuivant activement les politiques d’égalité. 

    Pour en savoir plus sur les résultats détaillés et sur les demandes concrètes des jeunes : 

    Envie d’aller un pas plus loin ?

    Le Forum des Jeunes organise une présentation des résultats de l’enquête le mercredi 10 juin en ligne de 14h à 16h. Inscription ici

    Vous souhaitez en discuter avec nous ? Recevoir un Avis ? Nous inviter pour en discuter avec un groupe de jeunes ou présenter les résultats de l’avis ?
    Point de contact : louise.lebichot@cfwb.be