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La gouvernance de la biodiversité : qui fait quoi pour enrayer son effondrement ?

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2020 / 11 / 25

Face à l’indéniable déclin de la biodiversité, des actions peuvent être mises en place à différents niveaux : installation de zones sauvages dans les jardins, de toitures végétalisées sur le toit des entreprises, réduction des pesticides dans l’agriculture, gestion durable des espaces verts communaux, mise en place de réserves naturelles,… Malgré ces innombrables possibilités, bien souvent peu coûteuses, pour enrayer la crise écologique, le déclin se poursuit. Au final, à quels niveaux se prennent les décisions pour la biodiversité ? On ne peut pas dire que rien ne se passe. Mais alors, que manque-t-il dans cette organisation pour véritablement changer les choses ? Un mot à retenir : systémique.

Quand tout a commencé

La perte de biodiversité due aux humains n’est pas nouvelle : elle remonte à plus de 13 000 ans, époque de la disparition des mammouths. Depuis 1950, nous avons énormément accéléré le rythme de disparition des espèces : aujourd’hui, plus d’un million d’espèces sont ainsi menacées d’extinction. Pour en apprendre plus sur cet effondrement de la biodiversité et ses origines, c’est par ici.

Peu après, dans les années 1960 et 1970, les acteurs de la société civile ont commencé à s’organiser pour dénoncer cette problématique. Ont alors été créées des ONG comme WWF (1961), Les Amis de la Terre (1969) ou encore Greenpeace (1972). 1972 est également la date de création de l’UNEP, le programme environnemental de l’ONU. De nombreux gouvernements ont alors commencé à s’intéresser à la question, en créant des ministères de l’environnement ou en signant des conventions internationales sectorielles, comme CITES (régulation du commerce d’espèces menacées) ou CMS (Convention sur les Espèces Migratoires) etc. 

L’ONU : une boussole mais pas de sanction

Ce n’est qu’en 1992, lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, que l’ensemble des pays des Nations Unies se sont mis d’accord pour aborder les problèmes environnementaux de manière holistique. C’est alors qu’a été signée la Convention sur la Diversité Biologique (CBD). Elle permet encore aujourd’hui aux pays signataires de se réunir tous les deux ans lors d’une Conférence des Parties (COP) afin de déterminer les avancements nécessaires au niveau mondial pour enrayer la perte de biodiversité.

Entre 2011 et 2020, les objectifs d’Aïchi ont guidé l’action internationale. Force est de constater qu’à moins de 2 mois de l’échéance, aucun des 20 objectifs n’a été atteint.

Tous les dix ans, une nouvelle stratégie mondiale est adoptée, avec des buts clairs à atteindre. Entre 2011 et 2020, les objectifs d’Aïchi ont guidé l’action internationale. Force est de constater qu’à moins de 2 mois de l’échéance, aucun des 20 objectifs n’a été atteint. C’est pourquoi les pays se penchent actuellement sur la stratégie pour l’après 2020, en essayant de la rendre à la fois ambitieuse et réalisable, tout en consultant divers groupes d’intérêt comme les jeunes, les peuples indigènes, les femmes, etc. La principale faiblesse de ces accords internationaux est l’absence d’effet contraignant : les pays ne remplissant pas leurs objectifs ne sont pas sanctionnés.

L’Union européenne : avancer d’un pas, reculer de deux ?

Un autre acteur clé en matière de biodiversité est l’Union européenne. En effet, elle a développé un cadre légal contraignant pour l’ensemble des Etats membres de l’UE, en matière d’eau ou de déchets par exemple. Par ailleurs, elle débloque depuis les années 1990 des fonds pour la biodiversité, notamment grâce au programme LIFE. L’UE a également rédigé une stratégie biodiversité ambitieuse visant à préserver et restaurer la biodiversité en Europe à l’horizon 2030. 

Cependant, malgré ces démarches positives, l’Union européenne déploie des politiques dans d’autres domaines qui vont à contre-courant de ces engagements. Par exemple, elle continue de conclure des accords qui vont faire davantage de mal que de bien à la biodiversité européenne et mondiale. Il s’agit notamment d’accords commerciaux tels que le Mercosur, qui augmentent la déforestation en Amazonie ainsi que le trafic maritime dommageable pour l’océan. La nouvelle Politique Agricole Commune est aussi un exemple : la majorité des subsides pour l’agriculture continuent d’être octroyés à l’agriculture industrielle et néfaste pour le vivant. Ainsi, alors que l’UE dépense des milliards d’euros dans la restauration de la biodiversité, elle continue à soutenir des opérations destructrices pour la nature. 

Si les stratégies ambitieuses ne sont pas complétées par une vision holistique, c’est-à-dire qui prenne en compte la biodiversité de façon transversale, pour toutes les décisions dans tous les domaines, ces efforts seront réduits à néant

Une Belgique un peu schizophrène

La Belgique est également un cas complexe : la matière de la biodiversité est répartie principalement entre le niveau fédéral et les régions. Le Fédéral s’occupe avant tout de ce qui est lié à la Mer du Nord et à la coopération environnementale. Les Régions se chargent de la majorité des actions liées à la biodiversité terrestre et d’eau douce (Création et gestion de réserves naturelles, gestion de forêts…), tout en déléguant certaines tâches à des associations de terrain locales (Parcs naturels, contrats de rivière…). La Région wallonne a développé une ambitieuse stratégie Biodiversité 360°, qui sera finalisée en septembre 2021. A nouveau, comme pour l’Union européenne, si les stratégies ambitieuses ne sont pas complétées par une vision holistique, c’est-à-dire qui prenne en compte la biodiversité de façon transversale, pour toutes les décisions dans tous les domaines, ces efforts seront réduits à néant. 

Chacun doit jouer son rôle !

Contrairement aux efforts pour réduire le changement climatique, les actions en faveur de la biodiversité peuvent avoir des résultats directs et localement mesurables. C’est pourquoi les acteurs locaux ont un rôle énorme à jouer dans la préservation de la biodiversité et la restauration des espaces naturels. Les communes par exemple peuvent agir dans la gestion de leurs espaces verts et de leurs forêts. Les ONG, associations et collectivités locales peuvent également s’impliquer, en restaurant des espaces naturels, réalisant des actions de sensibilisation, etc. Enfin, les privés (personnes et entreprises) peuvent s’investir en aménageant leurs jardins et espaces verts en faveur de la biodiversité ainsi qu’en changeant leurs habitudes de consommation. Ces acteurs sont encore bien trop peu impliqués dans la gestion de la biodiversité, alors que les espaces qu’ils gèrent représentent une surface non négligeable où pourraient prospérer la faune et la flore locales.

Les actions en faveur de la biodiversité peuvent avoir des résultats directs et localement mesurables

Créer des espaces naturels protégés est clairement la solution la plus citée dans les stratégies nationales et internationales pour la biodiversité. Toutefois, impliquer davantage les acteurs locaux dans la gestion de la biodiversité pourrait avoir un effet doublement positif : ces acteurs créeraient des habitats propices à la biodiversité sur les espaces dont ils ont la gestion, mais seraient aussi davantage sensibilisés afin d’adopter des modes de consommation responsables, permettant d’apporter une réponse plus systémique à la perte de biodiversité.

Cet article a été rédigé par Esmeralda, membre de la Team Climat du Forum des Jeunes

Sources