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La vie, dans ce qu’elle a de divers

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2020 / 11 / 02

Biodiversité : le grand déclin

On entend beaucoup le mot “biodiversité”, mais qu’est-ce que c’est exactement? 

La biodiversité désigne la diversité des gènes, des espèces, des individus d’une même espèce ou encore de communautés biologiques présentes dans une aire géographique donnée, allant du plus petit écosystème jusqu’à l’échelle de la biosphère (la Terre). Globalement, elle fait l’état de la diversité de la Vie sur Terre. 

Tous les écosystèmes présents à l’heure actuelle sur la planète sont le fruit de millions d’années d’évolution et chaque écosystème se trouve dans un état d’équilibre dynamique : son équilibre est en permanence modifié par de petits ou moyens changements. Ces écosystèmes fournissent une multitude de services directs et indirects à l’espèce humaine et sont donc cruciaux à notre survie. Les services directs sont principalement des ressources (nourriture, matériaux de construction, textiles, substances médicinales) et les services indirects sont ceux que nous ne consommons pas directement mais qui permettent notre subsistance : la pollinisation, le maintien des cycles de l’eau et des nutriments essentiels (carbone, oxygène, azote,…), la régulation des cycles climatiques, la protection contre des phénomènes naturels (sécheresses, inondations,…), la régulation des sols,… 

Ces dernières années, notre planète a connu un déclin sévère de sa biodiversité (rapporté par certains comme la 6ème extinction de masse), bouleversant les équilibres des écosystèmes. Cette extinction, bien que « camouflée » derrière des crises plus médiatisées comme le changement climatique ou récemment la pandémie Covid 19 n’est pourtant pas à prendre à la légère, au contraire. Selon un article paru dans « Nature », la perte de biodiversité pourrait avoir plus d’impacts sur la Vie sur Terre que le changement climatique et la crise du Covid-19 combinés. Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelles sont les conséquences d’un tel déclin et surtout, que pouvons-nous faire pour ralentir la tendance ? Voici quelques éléments de réponse.

La 6ème extinction de masse

Bien que le terme soit controversé, certains spécialistes en sont convaincus : le déclin de la biodiversité que subit aujourd’hui notre planète est comparable aux différentes extinctions de masses préhistoriques ayant eu lieu sur terre. Ce que l’on sait c’est qu’à l’heure actuelle, l’extinction en termes de nombre d’espèces disparues, se fait à un rythme 10 à 100 fois supérieur que sur les 10 derniers millions d’années. Sans action pour la préservation des espèces et des habitats, ce rythme va continuer à s’accélérer. Actuellement, le rythme des extinctions est si soutenu que les espèces n’ont pas le temps de s’adapter et les écosystèmes ne peuvent pas se renouveler, entraînant leur déclin. 

Ces disparitions soudaines d’espèces sans adaptation fait aussi disparaître des habitudes alimentaires, l’occupation de milieux spécifiques ou encore des fonctions propres à certaines espèces. Or, ces fonctions diverses sont cruciales pour un monde équilibré car elles font, par exemple, que toutes les formes de vie ne reposent pas sur les mêmes milieux ou ressources. 

En moyenne, 25% des espèces appartenant aux groupes d’animaux et de végétaux évalués sont menacés

Aujourd’hui, l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) a trouvé 28 000 espèces menacées d’extinction. Ce nombre fait état uniquement des espèces recensées, or on estime à plusieurs millions les espèces animales, végétales, microbiennes,… encore inconnues à ce jour. Certaines de ces espèces ont déjà disparu ou disparaîtront avant même leur découverte. Le rapport de 2019 de la Plateforme Intergouvernementale Scientifique et Politique sur la Biodiversité et les Services Ecosystémiques (IPBES en anglais), l’équivalent du GIEC pour la biodiversité, porte à 1 million le nombre des espèces animales et végétales en proie à l’extinction. La majorité de ces espèces disparaîtront d’ici quelques dizaines d’années, toujours selon l’IPBES.

Qui est responsable ?

Bien que les catastrophes naturelles (sécheresses, inondations, incendies,…) soient une des causes de perte de biodiversité, elles arrivent loin derrière les impacts humains et sont d’ailleurs elles-mêmes grandement influencées par le réchauffement climatique d’origine anthropique.

Les principales causes de la perte de biodiversité, des plus aux moins importantes, sont :

  • La modification de l’utilisation des terres et des mers, qui détruit des habitats : par exemple, la déforestation ou l’urbanisation ;
  • La surexploitation directe des organismes : par exemple, la surpêche ou la collecte rapide de certaines plantes médicinales ne laissant pas le temps à l’espèce de se régénérer ;
  • Les changements climatiques;
  • La pollution de l’air, de l’eau, des sols : par les micro-plastiques, déchets urbains et ruraux non traités, polluants issus de l’activité industrielle, minière et agricole, déversements d’hydrocarbures, décharges sauvages de déchets toxiques, etc.
  • Les espèces exotiques envahissantes : par exemple, l’introduction de la Perche du Nil dans le Lac Victoria a causé la disparition de la moitié des 400 espèces de poissons présentes à l’origine ;
  • La chasse et le trafic d’espèces : par exemple, l’ivoire des éléphants ; 
  • Le contrôle des prédateurs ou des ravageurs contre lesquels on protège les cultures en utilisant des produits chimiques de façon intensive.

75% des terres et 66% des océans ont été significativement endommagés par l’homme, en grande partie à cause de l’agriculture (IPBES)

Le responsable ? Notre mode de vie. En effet, ces causes directes sont le fait de notre mode de vie humain et en particulier de notre agriculture et de nos modes de production. Ces pratiques nocives pour la biodiversité ont été justifiées par un objectif de productivité. Bien sûr, au début du XXème siècle, nous n’étions pas en mesure de deviner les dégâts que nous allions occasionner. Mais désormais, nous savons que la modification des écosystèmes ou le déversement d’engrais/pesticides de synthèse, ont pour conséquence d’anéantir la biodiversité dans le monde entier. Et nous savons aussi qu’une biodiversité en mauvais état est dangereuse pour nous, car nous en sommes dépendants.

Par exemple, à force de sélectionner des variétés productives pour nos cultures et notre élevage, laissant de côté toute la diversité « improductive », nous avons rendu nos systèmes alimentaires très fragiles. Désormais, notre système alimentaire n’est plus basé que sur une poignée de variétés de cultures « hautement productives », délaissant (et faisant disparaître !) plus de 75% des espèces cultivées depuis 1900. Il en va de même pour les productions animales, où la sélection se fait en faveur des races productives et en défaveur de races plus « rustiques » mais moins productives. Nous ne mangeons donc plus de façon variée

En plus, cette sélection restrictive d’espèces, associée à une (mono)culture intensive,  rend les cultures plus vulnérables aux dégâts liés aux insectes ou aux maladies qui ont spécifiquement évolué pour parasiter ces cultures : La banane Cavendish (la variété la plus cultivée au monde) pourrait bien disparaître très bientôt, car sa sélection poussée l’a rendue hyper-sensible à un champignon dévastateur. Les plantes n’ont plus la possibilité de s’adapter, comme c’est le cas dans un écosystème résilient et il est alors nécessaire de faire usage de pesticides/traitements en masse, accentuant le phénomène. Nous sommes dans un cercle vicieux. 

 Tout ceci fait que les différents écosystèmes se ressemblent de plus en plus à travers le monde, ce qui met en danger l’intégralité de notre système alimentaire et donc la sécurité alimentaire mondiale .

Quelles solutions ?

La situation est alarmante ! Que faire ? En tant que consommateur, on peut se tourner vers des produits issus d’une agriculture durable, vers des légumes/céréales « oubliés » ou des variétés anciennes pour favoriser leur développement sur le marché et le retour vers plus de diversité. En tant que promeneur, il est très important de protéger les espèces menacées en ne les prélevant pas dans la nature, de respecter les habitats naturels. Néanmoins, la « part du Colibri » bien que positive, ne pourra pas suffire. La mobilisation des décideurs politiques, de la communauté scientifique, des entreprises privées, et encore des ONG sera nécessaire pour endiguer l’extinction actuelle. Ceci devra se faire à travers des textes de lois, des plans de préservation et la conservation des espèces et des habitats, l’établissement de réserves naturelles protégées, la restauration des terres et surtout par la réforme de nos systèmes agraires et de la politique d’utilisation des sols, notamment via la Politique Agricole Commune (PAC) européenne.

Une dernière chose sur lesquelles tout un chacun peut agir sont l’éducation et la propagation de l’information. Il faut faire face aux “exctincto-sceptiques” qui, comme pour le réchauffement climatique, nient l’importance de ce déclin historique de la biodiversité et de ses conséquences pour la vie sur terre.

Sources