Avis officiels et positions

Avis Taux d’alcool au volant

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2010 / 02 / 07

Le Conseil de la Jeunesse émet un avis d’initiative sur le projet de loi lancé par le Secrétaire d’État à la Mobilité, Etienne Schouppe (CD&V), concernant l’abaissement du taux d’alcool autorisé au volant à 0.2g/litre dans le sang visant principalement les jeunes conducteurs.

1. Introduction :

Le Conseil de la Jeunesse tient tout d’abord à remercier Monsieur le Secrétaire d’État d’accorder autant d’attention aux jeunes. Se soucier de la sécurité et de la santé de notre jeunesse est une chose des plus appréciables… néanmoins, il aurait tort, selon nous, de ne pas s’intéresser à la majorité de la population. Le Conseil de la Jeunesse souhaite que l’on défende une sécurité routière renforcée pour toutes et tous, sans pointer du doigt certaines catégories de la population.

Depuis près de deux ans, Monsieur Schouppe désire lutter activement contre la problématique de l’alcool au volant. Le Conseil de la Jeunesse considère évidemment que celle-ci et les conséquences graves et tragiques qui en résultent doivent faire l’objet d’importantes mesures. Le Conseil de la Jeunesse tient d’ailleurs à signaler qu’il ne nie en aucun cas ce fléau chez les jeunes. Toutefois, il est hypocrite de croire – et de faire croire – que l’alcool au volant reste un problème lié principalement à la jeunesse et qu’il serait plus utile de s’attaquer à cette question uniquement chez les jeunes.

2. Contre-argumentaire :

2.1. Les jeunes, plus dangereux ?

Ce projet de loi s’appuie sur différents résultats statistiques, certes fiables, mais dans lesquels des liaisons hasardeuses sont opérées afin de  démontrer le bien fondé de la position.

En effet, on y affirme que les jeunes constituent une catégorie à risques en matière de conduite. Il est vrai que, selon les statistiques, ceux-ci sont surreprésentés dans les accidents de la route. Mais à quoi cela est-ce dû ? les causes sont multiples : Le manque d’expérience, une mauvaise formation ou une tendance à consommer davantage d’alcool que les autres conducteurs ? Alors que certains invoquent principalement cette troisième possibilité, une étude de l’IBSR (Institut belge pour la sécurité routière) a démontré que les jeunes constituaient la catégorie d’âge la moins concernée par le problème de l’alcool… Cette étude pointait, au contraire la catégorie des 40-54 ans comme fortement problématique. On peut y lire que cette catégorie d’âge a « un risque relatif de conduire sous influence de l’alcool cinq fois plus élevé que les moins de 25 ans (…) et que des efforts de sensibilisation ciblés vers les 40 à 54 ans s’avèrent opportuns ».[1] Il parait dès lors évident que si le Secrétaire d’État veut diminuer le taux d’alcool autorisé au volant pour les catégories dites à risques, il s’est clairement trompé de cible.

Toutefois, le Conseil de la Jeunesse ne veut pas, à l’instar de ce que vivent régulièrement les jeunes, stigmatiser une partie de la population : à travers ce raisonnement, le Conseil de la Jeunesse tient simplement à démontrer que les conclusions sur lesquelles se base le projet de loi ne sont pas celles que l’étude de l’IBSR met en avant et que donc les solutions proposées risquent de ne pas être les plus adéquates.

2.2. Abaisser le taux d’alcool, la meilleure solution ?

Le Conseil de la Jeunesse n’est donc a priori pas contre l’idée d’abaisser le taux d’alcool légalement autorisé à 0.2g/litre dans le sang. Toutefois, la question de savoir si cette mesure apportera des résultats probants demeure.

Néanmoins, nous trouvons important, en tant que Conseil de la Jeunesse, de considérer les jeunes comme interlocuteurs dans le débat politique, et nous regrettons de ne pas être associés à la réflexion menant à l’élaboration de telles politiques qui les touchent au plus près.

Nous regrettons également que les mesures souhaitées par cette déclaration soient surtout de nature répressive, basées sur l’interdiction et le contrôle. Nous pensons qu’une saine gestion de la consommation d’alcool peut s’apprendre, mais que l’interdiction n’est pas la meilleure manière de le faire.

La prévention nous paraît un meilleur outil, dans la mesure où elle a pour but d’émanciper, d’augmenter l’autonomie et la résistance morale de groupes-cibles afin qu’ils soient en mesure de faire eux-mêmes des choix conscients. Les jeunes doivent recevoir l’opportunité d’apprendre à déterminer leurs propres limites. Cette responsabilisation, qui doit être basée sur une bonne information, aidera à former des adultes conscients et critiques. Une prévention et une information ciblées, construites en partenariat avec les jeunes, sont des contributions précieuses à leur bien-être

Le Conseil de la Jeunesse suggère davantage donc de mettre l’accent sur la prévention et la sensibilisation des automobilistes. Les campagnes de sensibilisation, telles que « Bob » ou les Responsible Young Drivers, ont déjà prouvé leur efficacité. Diminuer la tolérance  et sanctionner davantage les jeunes ne résoudra pas en profondeur la problématique de l’alcool au volant. À l’inverse, intégrer des cours de sensibilisation durant les formations à la conduite ou accentuer les informations à destination des jeunes sont, selon nous, des solutions plus porteuses de résultats.

De plus, le Conseil de la Jeunesse aimerait lier cet enjeu important à celui de la publicité pour alcools. En effet, comment imposer aux jeunes une tolérance zéro (ou presque) en matière d’alcool au volant tout en permettant aux alcooliers de marteler à coup de pubs et de promotions les jeunes en particulier ? Le Conseil de la Jeunesse suggère à Monsieur Schouppe d’interdire dans le même temps les actions marketings des grandes marques alcoolisées, notamment aux alentours des établissements scolaires, des boites de nuit et autres endroits fréquentés particulièrement par les jeunes.

2.3 Lutter contre l’alcool au volant, mais diminuer l’offre des transports en commun de nuit ?

Lutter contre l’alcool au volant doit être une priorité. Néanmoins, s’attaquer à cette problématique tout en voulant réduire, notamment en Région bruxelloise, l’offre des transports en commun le soir et les nuits des weekends nous parait totalement contradictoire.

En effet, la Ministre des transports, Brigitte Grouwels (CD&V), en charge de la Stib, a annoncé récemment son intention de diminuer, voire supprimer dans certains cas, l’offre des bus « Noctis » à Bruxelles. Or, les transports en commun constituent une alternative importante pour le retour de soirées « arrosées ». De plus, comme l’étude de l’IBSR l’indique, « le risque relatif de conduire sous influence est près de deux fois plus élevé durant le week-end que durant la semaine et près de 3 fois plus élevé durant la nuit que durant la journée (tant pour les semaines que pour les week-ends). »[2]. Il faudrait donc, selon nous, à l’inverse augmenter l’offre de transports en commun de nuit aux abords des lieux de fêtes afin d’offrir aux fêtards une réelle opportunité d’abandonner leur voiture lorsqu’ils ont trop bu. Les récents succès des TEC lors de la nuit de la Saint Sylvestre démontrent par exemple l’efficacité d’un tel dispositif.

3. Avis du Conseil de la Jeunesse

Le Conseil de la Jeunesse s’oppose au projet de loi du Secrétaire d’État fédéral de la Mobilité, Etienne Schouppe, dans son état actuel pour plusieurs raisons :

–          Il s’agit d’une discrimination vis-à-vis des jeunes reposant sur des constats erronés ;

–          La solution proposée nous paraît inadéquate si  elle n’est pas accompagnée de mesures complémentaires (campagnes de sensibilisation, formations renforcées et limitation des publicités pour l’alcool) ;

–          Cette mesure est contradictoire dans le cadre d’une diminution de l’offre de transports en commun la nuit.

Le Conseil de la Jeunesse recommande donc de :

–          Prévoir un taux d’alcool légal au volant identique pour TOUS les conducteurs ;

–          Renforcer la prévention en mettant l’accent sur la sensibilisation à la problématique lors de la formation à la conduite ;

–          Augmenter l’offre des transports en commun, principalement de nuit ;

–          Interdire la publicité pour les alcools, spécialement celle qui vise les jeunes.