ActualitésPlateforme international

Marie-Esther et Lino ont participé en ligne au post-2020 Global Biodiversity Framework, à Nairobi

0
923
2022 / 07 / 12

Marie-Esther et Lino ont participé en ligne au fourth meeting of the open-ended working group on the post-2020 GBF (Global Biodiversity Framework), Nairobi  du 21 au 26 juin. Lino nous raconte ! 

C’est quoi cet événement ?

Tout est dans le titre …! 😉 

Pour préparer le Cadre Global sur la Biodiversité post-2020 (qui fixera la ligne de route pour la décennie 2020-2030 en la matière) et qui sera finalisé lors de la COP15 biodiversité en décembre à Montréal (oui on a un peu de retard), il y a deux dynamiques parallèles et complémentaires : qu’est-ce qui doit être fait et comment on le fait ? Les Secretariat and the Subsidiary Body on Scientific Technical and Technological Advice (SBSTTA) servent à répondre à la première question et les SBI (Subsidiary Body on Implementation) répondent à la deuxième. Afin que tous les pays et leurs parties prenantes puissent décider de ce qui doit être fait des résultats de ces groupes de travaux, il y a 4 rencontres organisées avant la COP où le texte final sera voté. Nairobi était donc la dernière de ces rencontres.

Concrètement, un texte plein de “brackets” [] était toujours sur la table. Kesako ? S’il y a des [], c’est que le texte qui se retrouve entre celles-ci n’est pas encore approuvé. Pourquoi ? Car les différents pays n’ont pas encore trouvé de position commune ; selon leurs intérêts et leur agenda, les pays vont en effet négocier les mots exacts proposés. L’OEWG-4 était donc un dernier moment de négociation visant à trouver un maximum de positions communes pour se rapprocher du texte final. Et ce n’est pas une mince affaire avec autant de parties prenantes. 

Vous avez fait quoi ?

Avec Marie-Esther, et en tant que “UNYD on biodiversity”, on a donc participé (en ligne 😉 ) aux réunions de la délégation belge afin de faire du lobby pour la position des jeunes. Comment ? Grâce à GYBN (Global youth biodiversity network) qui fait le travail d’un·e jeune délégué·e ONU au niveau international. Ils et elles ont été mandaté·es officiellement par le texte onusien sur la biodiversité pour représenter l’avis des jeunes sur la question.
Le chapitre européen nous a été d’une grande aide pour comprendre les rouages internes et la dynamiques de ces négociations, afin que tous toutes les jeunes de chaque pays puissent faire du lobby dans le même sens et donc avoir plus de chances d’être entendu·es.

Très concrètement, nous avons donc poussé pour 1) la reconnaissance de l’importance de l’éducation à l’environnement au sens large (“transformative education”) pour dépasser l’écueil d’une séparation nature/culture qui nous autorise à la détruire sans considération et 2) formaliser la prise en compte de la voix des jeunes et de leur participation dans les processus liés au post-2020 GBF. Histoire qu’une fois le texte final avalisé, nous puissions “facilement” toquer à la porte de nos gouvernements pour leur dire : “nous sommes officiellement habilité·es à vous dire que vous n’allez pas du tout dans la direction. En effet, vous avez vous-mêmes ratifié le texte qui le dit. Donc écoutez-nous maintenant.”

Le lobby réalisé avec la délégation belge servait à orienter dans ce sens la position de l’UE, qui parle d’une seule voix lors des négociations avec les autres États parties de cette conférence onusienne. Pas toujours évident de voir les résultats d’un processus aussi large… Mais il semblerait que l’éducation soit bien présente dans le texte actuel et sans [brackets] ! Une victoire car cela entérine la présence de cette thématique pour le texte final. Concernant la deuxième thématique, les choses sont plus floues. Il semble que le texte de base entre [brackets] ait été éludé (tout comme pour la participation des populations autochtones…). De toute façon, cela se confirmera en décembre. Il y a donc encore du travail à faire.

D’ailleurs, nous avons réussi à intégrer un point spécifiquement dédié à l’éducation relative à l’environnement dans l’avis du CFDD sur la biodiversité qui sera envoyé et présenté à la ministre Khattabi avant son départ pour la COP15. Nous ne manquerons pas de lui rappeler à quel point cet élément est crucial pour préparer les génération actuelles et futures à vivre en harmonie avec la nature, à la préserver et à la restaurer, à imaginer des activités humaines durables, à lutter contre l’éco-anxiété par l’émerveillement, à nous adapter aux conséquences des crises écologiques grâce à la végétalisation et à la préservation des services éco-systémiques, à atténuer ces crises grâce aux solutions fondées sur la nature, etc… Nous avons besoin d’une révolution de nos imaginaires ! Et cela commence par l’éducation. 

Voilà très concrètement le texte que nous avons réussi à ajouter à cet avis officiel du Conseil Fédéral du Développement Durable : 

“La communication et la sensibilisation à la préservation de la biodiversité sont également essentielles dans un contexte plus large. Le Conseil estime que des initiatives telles que la campagne Bebiodiversity, qui associe chaque geste de consommation à des impacts en matière de biodiversité en proposant une réflexion et des pistes de solutions, et Biodiversitree, un outil en ligne pour les actions en faveur de la biodiversité dans les entreprises, sont très utiles. Mais un effort est également nécessaire dans les domaines de l’éducation et de la formation. La communication et la sensibilisation à la conservation de la biodiversité sont en effet essentielles dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement. Chacun doit comprendre pourquoi la biodiversité est si importante, et reconnaître les interconnexions que nous avons avec le monde naturel qui nous entoure. Tant le cadre mondial post-2020 sur la biodiversité que la stratégie européenne en la matière mentionnent la question de l’éducation comme principe général. Le Conseil soutient l’appel lancé par le Global Youth Biodiversity Network pour des plans d’actions concrètes et mesurables. Le thème de la biodiversité doit être abordé dans les programmes d’éducation formelle à tous les niveaux, dans une approche transversale de la durabilité, tout comme le thème du climat. Les établissements d’enseignement peuvent également sensibiliser leurs élèves à la valeur intrinsèque des écosystèmes de manière plus informelle, en les mettant en contact régulier avec la nature. Il est important que dans cette approche, ces institutions donnent également le bon exemple en intégrant la biodiversité dans leurs activités. Le CFDD le soulignait il y a quelques années avec des experts de l’éducation dans le cadre d’un forum sur les pratiques pédagogiques en matière de climat et de durabilité : « La construction des messages éducatifs doit pouvoir s’appuyer sur des pratiques cohérentes de gestion durable des écoles (en matière de gestion des ressources et de mobilité, de consommation d’énergie, de politique d’achat, de fonctionnement de la cantine scolaire, …). » En matière de biodiversité, opter pour désimperméabiliser et la création d’aires de jeux bleu-vert est un bon exemple dans ce cadre.”

Comment c’était ?

Nous formalisons la présence des jeunes dans la délégation belge, et c’est un excellent début ! Nous avons appris à saisir un peu mieux les rouages complexes de ces négociations internationales et comment, en tant que jeunes, nous pouvons essayer de faire front commun sur un point ou l’autre. Nous avons été écouté avec bienveillance par la délégation belge, ce qui est vraiment à souligner. Toutefois, cela reste difficile de sentir l’impact de ce lobby à un tel échelon des négociations. Et lors des réunions avec la délégation, nous étions assez peu armé·es pour comprendre tous les tenants et aboutissants de leurs discussions. But still, on a appris beaucoup de choses !