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Décembre 2020, qu’est-ce qu’on attend ?

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2020 / 12 / 03

En 2019, la jeunesse belge s’est emparée de la rue pour organiser une série de grèves et de marches pour le climat. On en retient l’énergie, la mobilisation et surtout notre demande : il faut des actions concrètes sans plus attendre pour faire face à l’urgence climatique. Une consultation, réalisée en 2019 par le Forum des Jeunes (appelé Conseil de la Jeunesse à l’époque) auprès de 641 jeunes, montre que nous sommes déjà porteur·euse·s de changement tant dans la rue que dans notre vie personnelle. 

Le 12 décembre 2020, l’Accord de Paris soufflera sa 5ème bougie d’anniversaire. Un sommet international sur le climat va avoir lieu. Un Conseil européen se réunit également le 10 et 11 décembre, afin de convenir d’un nouvel objectif de réduction des émissions de l’Union européenne à l’horizon 2030. La COP26 qui devait avoir lieu à Glasglow est reportée à l’année prochaine, mais cela ne change rien à l’urgence climatique. Alors, même si le contexte n’est pas propice aux grands rassemblements pour se faire entendre, nous restons mobilisé·e·s et nous demandons, plus que jamais, des décisions politiques fortes qui donneront à notre génération une nouvelle perspective.

Soutenir un objectif climatique européen de réduction de 60% des émissions de gaz à effet de serre en 2030

Afin de respecter les engagements de l’Accord de Paris et tenter de limiter le réchauffement de la planète à 1.5°C, l’Union européenne doit impérativement atteindre un objectif ambitieux de réduction des émissions à l’horizon 2030. Pour y parvenir, le Parlement européen s’est exprimé en octobre en votant un objectif de réduction d’au moins 60% des émissions de gaz à effet de serre. Cet objectif est plus ambitieux que celui de -55% proposé par la Commission. Le sommet européen des 10 et 11 décembre prochains conclura cette négociation. Nous demandons à l’Etat belge une concertation efficace entre le Fédéral et les entités fédérées en vue d’une position commune ambitieuse de 60% de réduction de gaz à effet de serre, comme proposé par le Parlement européen.

Etablir un plan de relance qui soutient la transition climatique de la Belgique

Afin de faire face à la crise suite à la pandémie de la Covid-19, l’Union européenne a présenté un plan de relance pour l’Europe, dont la Belgique peut revendiquer environ 5,1 milliards d’euros. Pour en bénéficier, la Belgique doit présenter son Plan national pour la reprise et la résilience (PRR) à la Commission européenne d’ici avril 2021. Au moins 37% des fonds de ce plan devront être liés aux objectifs climatiques. Il est primordial que notre pays soumette à l’Europe un plan qui renforce la résilience de notre pays et contribue à la transition vers une société décarbonée, résiliente et durable. Un retour à la normale n’est pas une possibilité. C’est pourquoi nous demandons un plan de relance qui soutienne la création d’emplois porteurs et la formation des futurs travailleurs·euses  à ces métiers. Le plan de relance devrait, entre autres, accélérer la rénovation et l’isolation des bâtiments, la production d’énergie renouvelable, la protection de la biodiversité, le développement d’une mobilité douce et la transition vers des systèmes alimentaires durables, sains et résilients. 

Éliminer les subventions aux énergies fossiles 

Selon l’Agence Internationale de l’énergie (AIE), le secteur des énergies fossiles représente plus de 80 % des émissions mondiales de CO2. Les gouvernements belges, tant fédéral que régionaux, financent aujourd’hui encore l’exploitation, la production, le raffinage et la distribution d’énergies fossiles, et ce à hauteur d’environ 4 milliards d’euros chaque année. 

Ces émissions sont en grande partie responsables du réchauffement climatique, c’est pourquoi nous demandons l’adoption d’une trajectoire permettant la suppression progressive de toutes les subventions directes et indirectes aux combustibles fossiles d’ici 2025, comme voté par le Parlement européen. Ceci nécessite de définir une stratégie claire qui prévoit des cibles annuelles, d’opérer une réforme fiscale intelligente des secteurs des transports et du mazout de chauffage, et d’assurer que l’argent public ne soit pas directement investi dans le secteur fossile. Pour une cohérence politique, les investissements publics devraient être réorientés vers l’efficacité énergétique et la production d’énergie renouvelable, et ce en tenant compte de la réalité quotidienne, au Nord comme au Sud, de la sécurité d’approvisionnement, de la stabilité et de l’accès à l’énergie pour les personnes précarisées.

Réformer la gouvernance climatique belge

La Belgique souffre d’un problème chronique de gouvernance. A de multiples occasions, nous avons figuré parmi les cancres de la classe climatique européenne. La Belgique a, par exemple, rendu, comme les autres pays de l’UE, son Plan Energie Climat (PNEC) début 2020. Considéré par la Commission comme trop peu ambitieux, ce Plan montre l’incapacité des entités belges à se coordonner. A l’heure où la lutte contre le réchauffement climatique et l’effondrement de la biodiversité exige une action cohérente et transversale, la lasagne institutionnelle belge est synonyme d’inertie et de blocage et ne permet pas une politique à la hauteur de l’urgence climatique.

Pour pallier ce problème de gouvernance, nous sommes favorables à l’instauration d’une loi spéciale climat qui fixerait des objectifs de réduction des émissions et de production d’énergies renouvelables à court, moyen et long terme. Une telle loi climat devrait également créer un comité indépendant d’expert·e·s qui évaluerait régulièrement les mesures et rendrait compte des performances climatiques des gouvernements auprès des citoyen·ne·s et des parlementaires. De plus, nous souhaitons que la Commission interparlementaire climat poursuive et accentue son travail, dans l’espoir que les Parlements deviennent le moteur manquant de la gouvernance climatique belge. Enfin, nous demandons aux décideur·se·s politiques de consulter davantage la société civile et les citoyen·ne·s et de prendre en compte la voix de notre génération, qui sera la première impactée par les changements climatiques et qui a donc, plus que jamais, son mot à dire.

Soutenir et implémenter la stratégie « Farm to Fork » du « Green Deal »

Le 23 octobre dernier, le Parlement européen a adopté une réforme de la Politique Agricole Commune (PAC). La PAC, c’est 343 milliards d’euros – 30% du budget européen – qui seront dépensés sur les sept prochaines années (2021-2027). Pourtant, la réforme de la PAC telle qu’elle a été adoptée n’a aucun objectif en matière de climat et de biodiversité. Elle n’est pas conforme au Green Deal, ni à sa stratégie De la ferme à la table, ni à l’Accord de Paris, ni à la Stratégie européenne en faveur de la biodiversité.

Après l’adoption de cette position par le Parlement européen, le dossier entre maintenant en phase de négociations entre le Parlement, la Commission et les Etats membres de l’Union européenne. Pour éviter un fossé entre le Green Deal et cette nouvelle PAC, la Commission européenne ne peut accepter la réforme actuellement mise sur la table. Ainsi, nous demandons, au niveau européen, à la Commission de retirer la proposition actuelle et de déposer une nouvelle version dont la priorité sera de soutenir la transition écologique de l’agriculture.

Au niveau belge, nous demandons la mise en place d’un plan stratégique ambitieux qui prône une politique agricole et alimentaire concertée. Celle-ci doit tenir compte des aspects liés à l’alimentation, la biodiversité, le climat, la santé et le soutien aux agriculteur·trices et être conforme à la stratégie européenne “De la ferme à la table” et à la stratégie de l’UE pour la biodiversité.